Rencontre avec Florence Gendre, illustratrice

05.11.2015

Florence Gendre est illustratrice free-lance, spécialisée dans la presse, la publicité et l’édition institutionnelle. Du bout de sa mine de plomb, elle aborde avec une précision chirurgicale des thèmes aussi variés que le luxe, l’automobile, l’architecture ou encore le médical. Travaillant depuis chez elle, c’est dans son atelier que l’artiste m’a accueillie pour me dévoiler ses premières œuvres, sa technique et son impressionnante bibliothèque de ressources. Une rencontre riche en découvertes, résumée en mots et en images dans la suite de l’article.

D'où te vient cette passion du dessin ?

Je suis née dans une famille d’artistes. Mon arrière-grand-mère dessinait déjà. C’était une femme incroyable, elle avait été en Egypte en 1878 et en avait fait tout un récit de voyage avec des aquarelles. Ensuite, il y eut ma grand-mère maternelle, qui était une sacrée excentrique. Elle avait fait les beaux-arts en 1920. Elle était relieuse de métier et a beaucoup peint. Elle a rencontré beaucoup d’artistes à cette époque là. C’est je pense la personne qui m’a le plus inspirée, qui m’a donné ma manière de regarder. Elle m’emmenait au musée et aux puces… On parlait tout le temps d’art.

Quelle formation as-tu suivie ?

Depuis l’âge de 5 ans, j’ai toujours suivi des cours de dessin. Mon père m’a inscrite à Penninghen sans rien me demander. Je n’en avais jamais entendu parler, et je suis partie vivre seule à Paris, à 19 ans.

J’ai adoré Penninghen parce que ça correspond vraiment à ce que j’aime faire, c’est-à-dire que je suis très bosseuse, et Penninghen demandait beaucoup de travail ! Ensuite j’ai réussi le concours et j’ai fait quatre ans aux Arts Décoratifs.

Quelles sont tes inspirations ?

Il y a un artiste qui m’a beaucoup marquée, c’est Vladimir Velickovic. J’ai vu son travail à Lyon, lors d’une exposition quand j’avais 17 ans. Je suis tombée en arrêt devant ses réalisations et je me suis dit «c’est ce que je veux faire». C’était à la fois un peu technique avec des flèches, des mouvements… C’est vraiment lui qui m’a inspirée.

Plus récemment, j’ai découvert Hiroshi Goto, Ernst Haeckel et Lucy Hardy… je suis dingue de ce genre de dessin.

Comment es-tu arrivée dans le monde de la publicité ?

En sortant de l’école je me suis mise à mon compte tout de suite et j’ai démarché dans l’édition et dans la pub. Et puis un jour j’ai reçu une commande pour une campagne télé de Guy Degrenne. Cette campagne très visible m’a aidée à me lancer.

J’ai envoyé mon book à un magazine qui était vraiment reconnu dans le métier, et à ma grande surprise ils m’ont consacré une double page. A partir de ce moment là, j’ai eu beaucoup de commandes et, à part quelques périodes creuses, ça n’a jamais arrêté.

Travailles-tu uniquement par commande ou vends-tu également des créations personnelles ?

Je travaille exclusivement par commande. Mon book est assez ciblé ce qui me permet d’être contactée par des clients qui ont choisi mon style et qui se retrouvent dans ce que je produis.

Dans la pub il y a un constant besoin de renouvellement donc je suis obligée de me remettre en question tout le temps. C’est ce qui m’amène à travailler sur des dessins personnels. Ils sont destinés à améliorer mon book et à aller dans le sens dans lequel je veux amener mes clients. C’est un exercice long, assez difficile à faire puisque je suis habituée au travail de commande, qui me demande énormément d’énergie, mais à la longue c’est vraiment payant.

C’est par exemple comme ça que j’ai commencé la typographie et maintenant je reçois des commandes pour ce type de réalisation.

Aujourd’hui, j’aborde un autre exercice, qui est tout aussi difficile pour moi mais tout aussi intéressant : la réalisation de dessins pour une exposition collective sur le thème de l’animal. Pour cette expo, j’ai travaillé avec les squelettes exposés au Museum d’Histoire Naturelle comme modèles.

Comment as-tu eu envie de tester la typographie ?

J’ai toujours aimé la calligraphie, mais je ne l’avais pas exploitée jusqu’à maintenant. Aux Arts Déco j’ai appris la typographie et la calligraphie avec Albert Boton. D’ailleurs j’ai toujours eu un peu de texte et de chiffres dans mes dessins. Il y a deux ans, quand j’ai commencé, on n’en voyait pas autant qu’aujourd’hui. Je me suis dit que c’était le moment de me lancer.

Comment définirais-tu ton style de dessin ?

Mon style est très réaliste, sans être hyper-réaliste. J’aime le papier, le crayon, et même si aujourd’hui je colorise tout informatiquement, le dessin à la main est vraiment ma force. Il y a un côté faussement technique, mais j’en reprends les codes : les chiffres, les côtes, les traits de construction, les flèches, etc.

Quelle est ta technique, les étapes de ton travail ?

Au début de ma pratique, je faisais des calques que je reproduisais ensuite en couleur. J’utilisais l’acrylique pour créer de grandes profondeurs, puis je revenais dessus au pastel, avec des rehauts de blanc à la gouache, ou avec des collages. Il y avait beaucoup de globes dans mes compositions, pas mal d’architecture aussi. Et mon agent de l’époque m’avait dit « tes claques sont magnifiques, il faudrait un jour que tu les montres ». Aujourd’hui, je ne dessine plus que sur calque !

Ma technique actuelle se résume à la mine de plomb, 3H et 2B, sur calque. Après je scanne mon calque et je le colorise en partie sur photoshop, rarement en entier.

Comment arrives-tu à atteindre un tel niveau de détail dans tes travaux ?

Ma base, c’est la documentation. Je fais beaucoup de recherches sur internet, en plus des documents qui me sont fournis par la marque. Pendant des années ces recherches se sont faites sur des supports papier : je découpais et rangeais tout dans des classeurs que je conserve encore aujourd’hui. J’ai aussi énormément de livres, triés par thématique.

Ce moment de recherche c’est aussi une manière pour moi de réfléchir, de voir différentes vues de ce que je vais dessiner. Une fois que j’ai fait ce travail de documentation / réflexion, soit je fais des montages photo avant de dessiner, soit des croquis. Puis je démarre sur calque.

Parmi ses travaux personnels, Florence Gendre avait réalisé il y a quelques années des personnages d’un style différent, qui refont aujourd’hui surface dans les commandes. Elle a récemment travaillé sur des portraits de ce genre pour Le Figaro Madame et a également dans ses cartons un projet plus ambitieux : la commande d’un portrait de Georges Charpak qui figurera à partir de février… sur un timbre poste ! Elle est aussi exposée à la galerie L’Oeil Ouvert, dans le cadre de l’exposition collective WILD, et ce jusqu’au 8 novembre 2015 . Une actualité très riche donc, à suivre de près sur son blog.

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4 Commentaires sur "Rencontre avec Florence Gendre, illustratrice"


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Pinceaufou
23 novembre 2015 8 h 47 min

Très bien fait cet article, intéressant et esthétique, sur une graphiste accomplie. Bravo

Florence
5 novembre 2015 18 h 13 min

Merci, Pauline, c’est top!!!

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