Quelques questions à Mademoiselle Maurice

25.03.2016

Mademoiselle Maurice, déjà présentée sur Overso dans ce Work In Progress, avait suscité de nombreuses réactions auprès de vous. L’artiste, architecte de formation, street-artiste multicolore, a donc accepté de répondre à mes (vos) questions sur son processus de création ! A découvrir en images et en mots dans l’article…

Quel a été ton parcours ?

J’ai grandi à la montagne, avec des grands-parents qui étaient paysans… du coup une enfance au milieu des champs, des fermes et des arbres… A bricoler avec de la ficelle, du bois ou encore à faire des sculptures à l’opinel sur des branches de noisetier. Et puis je suis partie quelques années à Lyon pour y étudier l’architecture. Des études passionnantes mais une réalité du métier trop techniques à mon goût. J’ai donc pris le parti d’arrêter ce travail et de me consacrer pleinement à mes créations…

Pourquoi l'origami ?

Après avoir arrêté l’architecture, je me cherchais dans une démarche artistique et aussi concernant l’utilisation d’un médium. J’ai expérimenté différentes choses : peinture, sculpture, broderie.. et puis après avoir vécu 2 ans à Marseille je suis partie avec mon sac à dos pour une année au Japon. Là bas forcément j’ai découvert l’origami et des légendes le concernant : la légende de 1000 grues, l’histoire de Sadako… Malheureusement, lors de ce séjour, j’ai vécu le tremblement de terre du 11 mars 2011 qui a précédé le tsunami et l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. A mon retour en France j’ai voulu pousser un grand NON contre le nucléaire… et j’ai voulu faire le lien avec les évènements de la seconde guerre mondiale, Hiroshima, Nagasaki…

J’ai eu envie de composer des oeuvres qui véhiculent un véritable message de paix, d’harmonie et d’amour, en utilisant des centaines de pliages qui sont un hymne à l’action commune. J’avais aussi envie de parler de notre rapport à l’environnement, à cette nature qui nous nourrit… car l’homme, la nature, tout est lié, et l’équilibre n’est possible que dans le respect de l’un et de l’autre.

Quelles sont tes inspirations ?

Beaucoup de phénomènes naturels, que ce soit celui de l’arc-en-ciel, des nuées d’oiseaux, d’insectes, un ciel étoilé, les couleurs que la nature nous offre ou encore les individus, les relations humaines, mais aussi des éléments plus géométriques tels que des formations rocheuses ou encore les formations hexagonales créées par les abeilles.

Quel est ton processus de création ?

L’idée naît à un moment précis, en fonction du lieu de l’installation, son positionnement, son environnement, mais aussi par rapport aux évènements du quotidien. Et puis il y a le processus du pliage, long et fastidieux, puis l’installation, qui permet d’échanger avec les passants, expliquer ma démarche et qui représente un travail de plusieurs heures suivant la surface d’intervention.

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Tu viens d'installer ton atelier à Marseille. Quelle est la part de travail réalisée en atelier ?

Pour ma part, avoir un atelier est quelque chose de très nouveau car je travaillais de chez moi avant.

L’atelier permet de stocker les papiers, les éléments récupérés, mais c’est aussi là que je vais préparer, compter et classer mes centaines , enfin plutôt milliers de pliages ! C’est là que j’expérimente de nouvelles choses, avec différents outils, ou encore que je travaille en miniature sur des toiles ou petites sculptures. J’y réponds aussi à mes mails, mais avant tout c’est un espace particulier, où j’y amasse des souvenirs, les créations des copains et où je suis comme dans une bulle hors du temps.

Y a-t-il une vie pour tes oeuvres après leur mise en scène dans la rue ? Gardes-tu des traces (photos, videos,...) de tes réalisations ?

Chacune de mes oeuvres est le plus souvent éphémère. Du coup leur durée de vie étant limitée, seul le support photo ou vidéo peut la faire vivre « en surface », car j’essaie de composer des créations qui seraient comme un cerisier en fleur ou un arbre aux feuilles rougissant en automne, le résultat est éphémère et ne peut s’apprécier vraiment qu’en le « vivant »…

Du coup les seules traces autres « qu’émotionnelles » sont numériques : une image, ou parfois une vidéo…

L'une de mes lectrices m'a posé la question de l'impact écologique de ton travail : que devient le papier et le scotch une fois envolés ? As-tu un regard sur cet aspect environnemental ?

L’impact environnemental est primordial dans ma démarche et je le remets constamment en question. C’est pourquoi de plus en plus j’aimerais travailler avec des matières premières récupérées et transformées (bocaux, tissu, métal)… mais pour le papier, je fais déjà en sorte d’utiliser un papier 100% made in France, qui est produit au sein d’une usine à autonomie énergétique et qui utilise surtout des chutes de scierie et du bois d’élagage pour sa pâte à papier.

Ensuite, lorsque les oeuvres sont créées je ne les laisse pas dépérir et générer des déchets. Le plus souvent je réutilise le papier pour le réutiliser sur d’autres installations. Ainsi un origami peut avoir plusieurs vies. Et puis si le papier est trop décoloré je les transforme en « papier mâché ».

par contre reste la question du scotch, que je garde de côté une fois enlevé pour en faire quelque chose d’autres mais je n’ai pas encore eu « l’idée »…

 

Ci-dessous: ©Petites Chroniques Urbaines // Jeanne-Marie Laurent // 2013.

Quels sont tes projets en cours et futurs ?

Je viens de terminer la mise en place de mon tout premier solo show à Paris et cela m’a demandé plusieurs mois de préparation. (L’exposition est visible à la galerie Mathgoth jusqu’au 9 avril, ndlr)

Dans les prochains jours je dois me rendre à Londres pour une installation au sein d’une station de métro, puis j’aurai un projet à Avignon pour le festival AlteraRosa, un projet d’installation collective à Malakoff (le grand huit), des projets participatifs en Ain et à Evry, ainsi qu’une expo en Bretagne et puis surtout pour Juin, un gros mur à Paris dans le 13 ème…

Emploi du temps chargé, beaucoup de pliages et de plaisir en perspective !

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1 Commentaire sur "Quelques questions à Mademoiselle Maurice"


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Quelques Grammes de Glam
27 juillet 2016 14 h 05 min

De magnifiques créations, poétiques et puissantes en même temps !! Bravo ! Emma

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