Entretien avec Marina Ziolkowski, réalisatrice.

01.10.2015

Marina Ziolkowski est une jeune réalisatrice franco-américaine qui vit et travaille à Paris. Après une formation théâtrale, elle se dirige en 2013 vers la réalisation de courts métrages de fiction. Aujourd’hui, l’artiste se tourne petit à petit vers l’univers du clip et de la publicité, y insufflant son originalité et ses inspirations éclectiques. C’est dans un café du 11ème arrondissement que nous nous sommes rencontrées cet été afin de discuter de ce qui l’inspire et de son processus de création.

Quelles sont tes inspirations ?

MZ : Elles sont assez multiples. Je viens d’une famille qui était dans le cinéma donc j’ai reçu une grande culture cinématographique. Moi très tôt je me suis tournée vers le théâtre, je trainais mes parents au Festival d’Avignon (rires). J’étais très intéressée par la danse contemporaine et par le théâtre performance, assez visuel. Ma mère m’avait emmenée à Rio, pour un documentaire qu’elle réalisait sur une chorégraphe brésilienne, j’ai vécu dans la compagnie pendant quelques mois. Du coup que ça soit le cinéma, le théâtre visuel, la danse contemporaine, la performance, c’est vraiment ma nourriture.

Peux-tu me décrire ton processus de création ? Comment te sers-tu de ces références ?

MZ : Je fais un peu un melting-pot pot avec tout ça, mais je travaille beaucoup par phases. J’ai des phases où je n’écris pas mais je vais beaucoup au théâtre, dans des festivals, des expositions…où je suis vraiment dans une recherche de nourriture visuelle. Quand je vais me sentir bien imprégnée, je vais rentrer dans la phase où j’ai envie de décharger tout ça. Au contraire dans ces phases de création, je ne vais presque pas au cinéma, presque pas au théâtre, parce que je veux rester dans l’univers que je suis en train de créer. C’est vraiment des cycles ou je me nourris, et puis après je recrache tout ce que j’ai vu, mais à ma sauce, en solitaire.

Y a-t-il des artistes en particulier dont le travail ou la personnalité t'inspire ?

MZ : J’aime beaucoup les premiers films de Woody Allen, tout le cinéma de Buster Keaton, Yan Fabre, Niki de Saint Phalle, Annette Messager,… Après il y a des femmes qui m’inspirent comme Lena Dunham avec Girls… Tout ne me plaît pas dans son personnage mais des jeunes femmes comme ça qui ont de la pêche, ça m’inspire.

Parfois c’est juste un spectacle ou une œuvre qui est fulgurante, et au final le reste de la production de l’artiste me déçoit et du coup je le boude (rires). Je pense que, même dans mon travail, tout ne se ressemble pas et tout ne plaît pas à tout le monde. J’aime bien m’essayer dans différents styles, et je respecte beaucoup les artistes qui tentent des choses, même si ça ne me plaît pas toujours. Je trouve ça très chouette de se réinventer.

Comment travailles-tu tes idées pour en faire un film ? Il se passe quoi entre les deux ?

MZ : Quand j’ai une idée qui naît, elle mouline longtemps dans ma tête avant que je la mette sur papier. J’aime bien marcher quand je suis dans un processus d’élaboration de pensée, partir dans la nature. Et une fois que j’ai bien trituré l’idée dans tous les sens, comme une sorte de petit pèlerinage, à ce moment là je commence a en parler a deux trois personnes en qui j’ai confiance. Le fait de mettre des mots dessus, de l’énoncer à voix haute et de l’expliquer, ça me permet aussi de clarifier ma pensée. Au moment ou je sens qu’elle est bien en place, là j’écris un premier jet, tout d’un coup. Après je vais venir retravailler, peaufiner, scène par scène. Mais il y a tout un moment ou il n’y a rien, pas d’écriture, juste moi qui marche avec mon idée et qui essaye de trouver par où la prendre et comment travailler avec.

Tu filmes toi-même ?

MZ : Ça dépend. Mes projets de fiction je les ai faits avec une équipe, un chef op’, un premier assistant, etc…. Mais tous les projets plus expérimentaux, je les filme toute seule avec ma petite caméra. J’aime bien le fait de pouvoir tester plein de choses et être tout de suite dans le processus de création. Et puis là je ne dois pas attendre des années avant d’avoir le financement nécessaire : ma caméra c’est comme une prolongation de ma pensée, c’est plus instinctif.

J'ai vu que Sweet avait été tourné avec un téléphone portable. C'était dans cette idée de spontanéité, poussée à l'extrême ?

MZ : En fait c’était à une période je faisais des concours, comme le concours Nikon. Je me suis dit que j’allais faire le concours du Mobile Film Festival. Du coup je me suis amusée à le faire avec un I-phone mais je préfère travailler avec une vraie qualité d’image, bien sur. Quand je tourne en fiction, je tourne avec une Blackmagic en 4k, avec une super résolution. Même ma petite caméra, c’est une bonne caméra HD… C’était une expérience. J’aime bien me donner des challenges comme ça.

As-tu un espace dédié à ton travail, un atelier ?

MZ : Je rêverais d’avoir un atelier mais à Paris c’est difficile d’avoir une pièce en plus, vraiment dédiée à ça ! Du coup j’ai vraiment converti tout mon chez-moi en bureau. C’est-à-dire que chez moi c’est mon cocon de création, donc je n’y fais pas de soirées par exemple ! J’ai tous mes livres d’inspiration,… j’aime bien accrocher des choses sur mon mur aussi, découper dans des magazines, faire des collages, un peu comme un mood board.

Une journée de travail type ? S'il y en a une...

MZ : Il y en a deux en fait. Il y a celle où je suis en tournage ou en préparation de tournage, où on court dans tout Paris avec mon chef op’ et mon premier assistant… c’est très agité ! Et puis il y a celle où je suis seule.

Là par exemple j’ai travaillé sur un documentaire dans un hôpital psychiatrique en juillet, donc j’y allais tous les jours avec ma caméra, je filmais toute la journée, je repartais, je vidais mes rushs, je regardais ce que j’avais fait, etc… Maintenant je vais être sur une phase de montage. Du coup ma journée type ça va être d’être toute la journée devant mon ordinateur. Et après il y a les moments où je ne suis ni en tournage, ni en montage, ni en écriture, donc ni derrière mon ordinateur ni en train de courir, où là… je vis. Et on en revient à la première question, c’est ce qui me nourrit… En fait je n’ai pas vraiment de journée type, non !

Tu montes toute seule ?

MZ : Je fais un ours toute seule (pré-montage ndlr) et après je monte avec quelqu’un. J’aime bien avoir un regard extérieur, j’aime bien collaborer. J’ai pas peur de « tuer mes bébés » comme dit l’expression anglaise. Bien sur en étape de scénario, c’est mon bébé, je veux être toute seule avec mon truc. Mais après c’est important de s’en séparer, pour être à l’affût de choses qui pourraient être mieux que celles auxquelles j’avais pensé…

Marina Ziolkowski a réalisé le clip de Louis Gaston, qui sortira bientôt. Elle vient également de tourner Et si le ciel était vide, un documentaire sur un atelier théâtre dans un hôpital psychiatrique, qui sortira en novembre. En parallèle, elle travaille sur son troisième court métrage de fiction, Rubixion, et envisage de reprendre Je suis un droit et d’y insérer des séquences d’animation. Un programme bien rempli pour cette fin d’année donc, à suivre de très près sur son site web !

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2 Commentaires sur "Entretien avec Marina Ziolkowski, réalisatrice."


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Le simple point
4 octobre 2015 10 h 20 min

Oh je vous découvre grace à hellocoton ! Très beau site, j’adore ! Peut etre pourrait-on imaginer une collaboration ? Merci à vous 🙂

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