Interview du photographe Mick Bulle

26.11.2015

Mick Bulle, photographe et graphiste de formation, a accepté de répondre à mes questions concernant sa façon de travailler et ses inspirations. La photographie est pour lui un moyen d’extérioriser son imaginaire, de ses rêves à ses plus grandes peurs. Découvrez dans cet interview l’envers du décor de ses images à la fois sombres et oniriques, dérangeantes et romantiques.

Quelles sont vos inspirations ?

Ce sont surtout des influences cinématographiques. Certaines ambiances et cadres me donnent envie d’y former et créer ma propre histoire. On y retrouve mes films fétiches tels que «Calvaire» de Fabrice de Welz ou bien encore «Les amants criminels» de François Ozon, qui se passe principalement en forêt.

La forêt est pour moi LE lieu idéal d’inspiration. C’est l’endroit où peuvent se dérouler des scènes mystérieuses et improbables à l’abri de tous les regards. La forêt a ce coté secret, inquiétant et qui peut prendre différentes tournures selon la météo et les saisons. J’aime m’y perdre pour me réinventer.

Mon inspiration va vraiment du réel à la fiction car pour moi c’est important qu’une personne qui regarde mon cliché photographique puisse l’apprivoiser et se plonger librement à l’intérieur de sa bulle personnelle.

Pouvez-vous décrire votre méthode de travail ?

Le plus souvent, il s’agit de reproduire une scène que j’ai pensée, rêvée… ou cauchemardée. Le cadre est déjà bien précis et shématisé dans ma tête. Je ne fais aucun croquis. J’écris juste quelques mots clés sur un carnet qui me serviront à me souvenir de certains détails de mise en scène ou des accessoires à prévoir.

A partir de là, je pense à la personne qui me servira de modèle. C’est l’élément le plus important. Soit ce sont des personnes de mon entourage, soit j’effectue des recherches sur les réseaux sociaux afin de trouver la «gueule» que j’avais imaginée.

Puis je pars à la recherche d’un lieu où peut s’adapter au mieux cette scène. J’habite entre la Sologne et la Beauce donc je trouve une grande richesse dans ces lieux isolés qui transmettent parfaitement le coté inquiétant que je recherche le plus souvent.

Quelles sont les étapes de création d’une série photographique ? Comment l’idée naît-elle et comment prend-elle forme ?

Cela commence par une simple envie ou un besoin de se dévoiler. Chaque série représente une sorte de thérapie personnelle. Pour ma série «Les égarés», j’avais l’envie et le besoin de créer quelques chose de déjanté et de plus ou moins sanglant. Une folie mentale digne d’un psychopathe qui soulage ses pulsions visuelles en appuyant sur le déclencheur de son appareil photo. La naissance des ces idées névrosées s’est surtout réalisée par des cauchemars que j’ai essayé de coucher, le plus précisément possible, sur papier glacé.

Pour ma seconde série, «Les états plastiques» j’avais besoin de mêler deux corps opposés et jouer entre l’animé et l’inanimé, c’est-à-dire un corps fait de chair et de sentiments avec un autre corps qui ne possède rien… jouer à la poupée dans des situations très fantasques en exprimant plusieurs états d’âmes que j’ai pu ressentir pendants certaines périodes.

Concernant ma dernière série «Un p’tit tour et puis s’en va !», j’avais vraiment envie d’aller plus en profondeur et dans quelques chose de beaucoup plus intimiste, à fleur de peau, épuré. 

Avez vous en tête la composition exacte de vos clichés avant de les prendre ?

Oui tout est très précis dans la mise en scène et la pose du modèle. Mais il se peut que parfois l’improvisation ait un bon effet. Par exemple pour « La pause des fossoyeurs », j’ai essayé de retranscrire vraiment le plan que j’avais en tête. Je n’avais prévu que 2 personnages dans le cadre. Et finalement, en voyant le résultant sur l’écran de mon appareil photo je me suis dit qu’il manquait quelqu’un. J’ai donc rajouté ce personnage de dos et au centre du cliché afin de garder un mystère sur cet homme qui semble monter la garde de ces deux protagonistes extravertis et libérés.

Quelle est la part du travail de post-prod dans vos photos ?

La post-prod est très importante dans mon travail, voire essentielle. Très rare sont les photos que je livre à l’état brut. C’est l’étape de la création que je privilégie et qui m’excite le plus ! Davantage que réaliser la prise de vue je crois. C’est à ce moment là, seul devant mon Imac que je vois ma photo prendre réellement vie et que j’en prends conscience. C’est une sorte de magie qui s’opère sous mes yeux. Dans la majorité des clichés c’est surtout la colorimétrie qui se travaille en post-prod. C’est ce qui va me donner l’atmosphère générale de la photo.

Quels sont vos projets en cours ?

En ce moment je travaille sur un projet d’illustration de textes dont je ne veux pas trop dévoiler de détails au cas où il ne se réalise pas. Je bosse dessus depuis un an, une soixantaine de clichés sont déjà finalisés. C’est un projet différent dans ma façon de travailler et de voir les choses. Là je travaille à partir de mots, en voulant concevoir ma vision personnelle de ces textes.

J’aimerais voir ce travail aboutir sous forme d’un livre; ce serai mon deuxième (son premier, «Les égarés», est paru aux éditions Dubuisson en 2012, ndlr).  C’est un projet qui me tient énormément à coeur et qui je pense sera original.

Expositions, nouveaux projets, tirages disponibles à la vente : pour suivre l’actualité de Mick Bulle, c’est sur son site web mais aussi sur sa page Facebook.

 

 

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