Entretien avec Michele Brusasca, fondateur de Figura / Sfondo

03.12.2015

J’ai eu la chance de rencontrer la semaine dernière Michele Brusasca, le fondateur et gérant de Figura / Sfondo. Cet atelier de création parisien développe des objets poétiques et ingénieux à l’aide de technologies telles que la découpe et la gravure laser. Si le savoir-faire est passionnant, l’homme ne l’est pas moins ! Une rencontre très inspirante à découvrir dans l’interview.

Quel est votre parcours ?

Je suis graphiste. J’ai étudié en Italie, à Milan, puis j’ai travaillé en tant que graphiste et formateur. Pour des raisons personnelles j’ai déménagé à Paris où j’ai trouvé un contexte très favorable à mon métier. C’est une ville merveilleuse pour ça, très stimulante. J’ai eu la chance de travailler avec l’architecte Jean Nouvel pour lequel j’ai été responsable de la cellule de graphisme de l’agence de design pendant plus de 3 ans. Dans mon parcours personnel, ça a un peu changé les cartes.

Travailler avec Jean Nouvel a été un élément déclencheur ?

C’est là que j’ai connu la matière. J’ai commencé à travailler l’objet tout court et non plus seulement l’objet graphique. J’ai aussi connu les machines et surtout l’artisanat parisien, des gens qui possédaient un incroyable savoir-faire. Cela m’a vraiment touché et même si j’adorais mon boulot, j’avais envie d’être plus proche de tout ça. Chez Nouvel j’étais un privilégié de pouvoir accéder à ce savoir-faire si facilement, et en même temps j’étais très ignorant de ces techniques, de cet artisanat. Je voulais avoir l’opportunité d’apprendre et de pouvoir toucher la matière, fabriquer par moi-même. C’est à ce moment que j’ai monté Figura Sfondo, il y a 5 ans. J’ai acheté une machine laser à un moment où à Paris il n’y en avait presque pas, ou du moins pas pour le public.

Qu'est ce que Figura Sfondo ?

L’idée c’était d’étendre le champ des possibles de ce que moi je pouvais produire mais aussi de proposer un service grâce à cette machine que j’avais en ma possession. Dès le début il y a eu cette facette dans le projet : vendre un service au public, un service ciblé, de qualité. Je veux vraiment prendre le temps de dialoguer, de faire ça bien. D’un autre côté, la machine me permet à moi de fabriquer, de produire des choses. Ce sont les deux âmes de la boîte.

On est une petite équipe à géométrie variable. Moi je suis fondateur et gérant. Ensuite il y a eu et il y a des gens très variés, une sculptrice, une illustratrice, une graphiste. Avec cette dernière on a aussi une mission de conception. Du faire-part à la scénographie, on est capables d’assurer les deux aspects du projets : dessin et fabrication.

Que signifie ce nom ?

C’est de l’italien, bien évidemment. En français, c’est «la figure et le fond», l’avant plan et l’arrière plan. C’est le principe de la psychologie de la perception selon laquelle on peut déterminer une forme par le biais de son contraste avec le fond, par son contour en fait. C’est un peu cette image avec les visages ou les vases inversés. Dans le travail de la découpe laser et de la gravure, c’est exactement ce que l’on fait.

Quelles sont les étapes de création de vos designs personnels ?

On a une méthode assez expérimentale, d’autant plus que nous aimons nous laisser surprendre. On prend une matière qu’on a, et qu’on aime, et on se dit «on va en faire quelque chose». On se fait guider par la matière, parfois même on se pose comme contrainte de base de n’utiliser que des chutes.

On veut créer des objets qui ont formellement un aspect simple, immédiat et qui ont aussi une certaine discrétion. Je suis inspiré par le design japonais, minimaliste. Pour les lampes par exemple on dessine d’abord en 3D, puis on choisi le type de carton. On se pose la question de la durée, de la résistance, des couts de fabrication…

Le carton craft semble être votre matériau de prédilection...

Oui ! Si on regarde un carton craft, c’est très intéressant. Il y a vraiment un monde à explorer. Il est composé des deux faces, l’une peut être plus dense, l’autre plus fine. Les grammages sont aussi variés que ceux du papier. Ca peut être structurellement très fort, et esthétiquement très beau. Il y a différents types de cannelures, de la plus fine à la plus épaisse. Et chaque couche de carton possède un montage de d’un ou plusieurs types d’ondulations.

Le travail pour la lampe, par exemple, ça a été de choisir les cannelures et de jouer avec les orientations pour définir comment va passer la lumière. Cela donne différents types de lampes, différentes lumières, uniquement dues aux propriétés mêmes de la matière.

On utilise aussi le bois, le papier, le plexiglas,… J’ai eu ce projet où j’avais envie d’attaquer la matière, et on a testé la gravure sur de la nourriture. Je dis «on» car comme ça a une durée de vie très limitée, on a monté un set photo directement à coté de la machine en collaboration avec le photographe Nicolas Berat, avec qui j’ai retravaillé par la suite pour l’exposition Kraft/Works.

Vous travaillez donc de temps en temps en collaboration avec d'autres artistes ?

Oui, cela arrive souvent que je me lance dans des projets à 4 mains. Ce livre en bois par exemple, a été réalisé en collaboration avec Coline Irwin. Elle est formatrice Montessori et on a créé ce livre dans l’idée de cette pédagogie. C’est l’histoire d’un carré d’un centimètre carré qui grandi au fil des pages. C’est un livre-objet assez épais, qui fabrique aussi un escalier, un théâtre… C’est un livre, mais c’est aussi un espace.

Comment s'organise votre espace de travail ?

Il y a la boutique, ici, au 5 rue sorbier, où l’on expose et l’on reçoit les gens. C’est notre vitrine. Pour l’atelier, on est installés chez Volumes depuis mars. C’est un espace de coworking polyvalent qui a une triple vocation : co-working, co-making et cuisine professionnelle. Là je peux avoir un vrai labo, en collaboration avec des gens très créatifs et différents.

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novembre

Pour lors, Michele Brusasca souhaite réaffirmer la démarche création / fabrication. Sans laisser tomber le design qu’il continue en tâche de fond, sa volonté est de tourner Figura Sfondo vers ce système complet dans lequel se rassemble toutes les compétences de l’équipe au service du client. Pour suivre l’actualité de l’atelier, pour plus d’informations et de photos, rendez-vous sur le site de Figura Sfondo. Vous pouvez également les rejoindre sur leur page Facebook.

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