Entretien avec Céline Dominiak

03.03.2016

Céline Dominiak conçoit des foulards de soie, qu’elle crée comme de véritables dessins à porter. C’est un parcours assez particulier qui l’a menée à sa pratique actuelle, et qui fait aujourd’hui toute la richesse et l’originalité de sa production. Nous nous sommes rencontrées dans son atelier parisien le mois dernier afin de parler de ce parcours et de son processus de création.

Comment en êtes-vous arrivée à ce que vous faites aujourd’hui ?

Je dirai que ce qui caractérise essentiellement mon parcours, ce sont les chemins de traverse que j’ai pu emprunter. Adolescente, je me suis passionnée pour la photographie, que j’ai ensuite étudiée en Suisse. J’ai été photographe indépendante pendant 10 ans, je faisais de la publicité, de la lingerie, du portrait. À côté j’avais un travail personnel déjà très important pour moi. C’est là où je prenais le plus de plaisir et le côté alimentaire des commandes a fini par me peser.

Aussi, lorsqu’un ami m’a proposé de le remplacer en tant que professeur de photographie, j’ai accepté car je voulais tenter l’expérience (comme à mon habitude, je suis très tentée par les expériences !). J’ai immédiatement été passionnée par ce métier, et il m’a autant apporté que je lui ai donné car c’est grâce à lui que j’ai découvert le dessin. Voir tout le monde dessiner autour de moi m’a donné et l’envie et le courage de m’y mettre. J’ai dessiné pour moi pendant 2-3 ans, de façon un peu obsessionnelle : j’avais exactement le même rapport avec le dessin que celui que j’avais à mes débuts avec la photo, c ‘est à dire que je dessinais tout le temps, tout, partout… Je décryptais tout. Je remplissais des carnets sans trop savoir quoi en faire, cette espèce de frénésie baisse un peu avec le temps mais elle est nécessaire.

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Et un jour, j’ai été contactée par une jeune entreprise de design textile pour la maison qui était intéressé par mes dessins. Ça a été ma première expérience d’impression sur soie, j’ai trouvé le résultat extraordinaire et j’ai immédiatement pensé «  foulard » : j’avais trouvé le support qui m’intéressait. Ma pratique de photographe m’accompagne toujours indirectement car j’imagine dès le départ chaque foulard comme un tableau : je compose dans un format comme je composerai une image dans un viseur. Et au final, après une grande pause, j’ai renoué de manière plus forte avec la photographie, car parallèlement je fais également des collages qui utilisent des photographies anciennes comme support.

Comment vous viennent vos idées ?

Je n’ai qu’à piocher dans celles que j’ai en tête, elles se bousculent, ce n’est vraiment pas un problème pour moi ! J’avance lentement, ce qui me permet de voir celles qui tiennent dans le temps et finissent par s’imposer à moi. Par exemple pour les foulards Volcans, je dessinais depuis quelques temps des pierres et des nuages, j’avais envie de travailler sur quelque chose d’explosif, de jaillissant, avec de la fumée, j’avais une idée globale. Je savais également que je voulais travailler davantage avec la couleur, en photographie on ne fait que capter la couleur, avec le dessin on choisit, c’est nouveau pour moi. Je souhaitais aussi travailler un paysage, que je voulais évolutif, narratif. Ce sont ces idées associées qui m’ont menée au thème des volcans.

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Mes inspirations sont larges, elles vont de vieilles cartes postales colorisées aux œuvres d’art contemporain. Au fur et à mesure que j’avance, je me tourne de plus en plus vers le registre végétal, minéral, organique qui m’intéresse énormément. En ce moment je fais un pas de côté avec la série Piscine, mais je vais y revenir.

D’où vient cette série Piscine ?

J’ai exposé il y a quelques temps avec Asako Kawate, créatrice de la marque de vêtements Esperluette-Paris. En discutant, elle m’a confiée son envie de faire une collection avec des tissus exclusifs et nous avons décidé de collaborer. Le point de départ a été une sérigraphie que j’avais réalisé avec des nageuses et nous en avons conservé l’univers. Encore une nouvelle expérience enrichissante : ce qui ne devait être qu’une jupe très simple s’est transformé en un projet bien plus vaste et exigeant, une capsule rassemblant des vêtements et des accessoires.

Quelles sont les étapes de création d’un foulard ?

J’apprécie prendre du temps pour chaque projet, du temps pour faire des recherches, trouver de la documentation, etc. Je ne suis pas du tout dans l’instant. Le foulard Volcans est celui pour lequel j’ai fait le plus de recherches. J’ai lu beaucoup de livres sur le sujet, jusquà Haroun Tazieff, pour comprendre et m’imprégner de l’atmosphère.

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Pour la piscine j’ai passé beaucoup de temps à dessiner sur place, pour bien traduire les jeux de transparence et de mouvements. C’est parti du triptyque avec des personnages immobiles à moitié dans l’eau. Puis à force de dessiner, j’ai trouvé un intérêt dans la nage et ce flou qui est apporté par l’eau. Le projet a évolué en suivant les évolutions de mes dessins in-situ. Je fais également des essais de dessin pour trouver le bon trait, le bon outil. Puis je fais une sorte de composition à échelle plus réduite, pour trouver le cadrage, le point de vue etc,… Enfin quand j’ai fait le dessin final, je le numérise et le colorise à l’ordinateur (sauf la Piscine où les couleurs ont été travaillées sur papier). Enfin, c’est imprimé sur soie de façon artisanale, il s’agit d’impression numérique.

L’idée des chemins de traverses me correspond aussi dans ma manière de travailler. J’ai tellement d’idées que le projet se définit au fur et à mesure qu’il se construit. Je n’ai jamais l’objet final précis en tête, c’est plutôt une image un peu floue, c’est comme cette série Architecture du photographe Hiroshi Sugimoto, où il modifie la mise au point pour les montrer telles que les architectes les avaient en tête avant de les construire. Pour moi ça fonctionne comme ça et plus j’avance dans le projet, plus cela se précise.

Pouvez-vous nous parler de la vidéo réalisée sur les foulards Volcans ?

Nous sommes trois artistes à se retrouver toutes les semaines pour un groupe de travail, Marie Sochor, Stéphanie Cazaentre et moi-même. On avance chacune sur nos projets personnels mais en discutant et échangeant sur ces derniers. Cela permet de prendre du recul et d’avoir un avis extérieur. Parfois, nos projets se croisent, ce fut le cas lorsque Stéphanie a réalisé une vidéo mettant en scène mes foulards Volcans. Cette vidéo a marqué pour moi la finalité de ce projet. Elle a vraiment saisit l’essence de ces foulards, peut être aussi parce que via le groupe de travail, elle en avait suivi toute l’évolution,… mais pas que ! Je suis très contente de cette manière de clôturer un travail.

 

Pensez-vous évoluer vers un autre médium, comme vous l’avez déjà fait par le passé ?

Je ne sais pas ! Cette évolution n’a jamais été préméditée, je ne me suis jamais dit que j’allais devenir dessinatrice et créatrice de foulard. C’est une succession d’expériences qui m’ont menée à ça, et c’est vraiment par la matière, par la découverte du dessin et de la soie, que j’en suis arrivée là. Aujourd’hui j’ai énormément de projets dans ce domaine, je ne suis pas du tout lassée, et tout en gardant mes autres activités en parallèle, je veux continuer à travailler le dessin, le collage, la sérigraphie, le textile… Cette diversité là c’est aussi ma manière de fonctionner, ce n’est pas un éparpillement pour moi, cela forme vraiment un tout et une vraie richesse.

aller-plus-loin

Les prochains mois vont être bien remplis pour Céline Dominiak, car la collection Piscine réalisée en collaboration avec Esperluette-Paris est sur le point d’être lancée ! Pour être tenus informés de la soirée de lancement , n’hésitez pas à prendre contact avec elle à l’adresse suivante : celine.dominiak(at)gmail.com

Pour vous procurer les foulards Volcans et découvrir ses collections précédentes, toute la production de Céline Dominiak est en vente par ici, ainsi que dans plusieurs points de ventes détaillés sur son site web

Ne manquez aucune miette de son actualité ! Rendez-vous sur sa page Facebook et son Instagram

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2 Commentaires sur "Entretien avec Céline Dominiak"


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Claire BIET claire.biet@orange.fr
19 mars 2016 8 h 43 min

Quelle belle réussite!!!! beau voyage vers toujours plus de succés!!!!!
CLAIRE

[…] Overso, c’est Pauline Detavernier, réservée et enthousiaste tout à la fois, qui mène seule ce projet ambitieux. Elle est venue m’interviewer : nous avons parlé de mon parcours, d’inspirations et de processus de création. Je la remercie encore pour le temps qu’elle m’a consacré et ce très bel article. À lire ICI […]

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